S. Waffo, « politiciable »
Même pas un mois que le referendum en France et au Pays Bas se sont soldé par un Non « xénophobe » et voila que l’Europe est plongée dans la crise tant attendue par les partisans du OUI. Le dernier sommet européen du 16 juin a confirmé toute la tendance d’avant et après referendum. L’échec est total ! La vielle Europe n’a pu trouver un consensus pour son budget et reçoit pour la deuxième fois en moins d’un mois une énorme gifle. En fait il s’agissait pour les 25 de tendre la deuxième joue après la première baffle du 29 Mai et du 01 juin (*), la loi du talion étant révolu depuis le nouveau testament. Et ils l’ont fait avec brio ! Bien que chacun des 25 rejette la faute sur l’autre, il s’agit au fond d’une crise d’ensemble. C’est le véritable premier défi de l’Europe. Alors que tout le monde pensait que la crise existentielle viendrait de la monnaie européenne toujours plus haute que l’Everest et le Kilimandjaro réuni face au dollar américain, c’est plutôt l’Europe politique qui semble traverser un sale temps bien que ce soit pour des raisons budgétaires, donc économiques.
Alors que Chirac, grand argentier de la fracture sociale (**) martelait depuis la semaine passée la nécessité d’arrêter de renvoyer à Londres le colossal chèque qu’avait négocié il y’a 20 ans (***) la dame de fer, Margaret Thatcher, Tony Blair requinqué et plus frais grâce à sa réélection récente répondait plutôt qu’il était prêt à tout abandonner à condition bien sur que la PAC (Politique Agricole commune) soit remise sur table. Quand on sait qu’il représente à lui tout seul 40% du budget européen et que justement la France est celle qui touche le plus de subventions européennes en agriculture on comprends la position ferme de départ du président français. Bien sur le chancelier allemand et quelques autres pays tel que la Belgique ou le Luxembourg veulent récupérer l’argent britannique afin que le financement des nouveaux pays européens soit partagé équitablement par les pays (riches) de l’Union. Mais voila, Tony Blair est resté ferme et n’a pas bougé d’un iota au cours des négociations. Ce dernier trouve ridicule que 40% de l’argent européen soit utilisé pour un secteur qui ne représente à peine que 2% de la population active européenne. De fait il a répondu simplement à ces détracteurs en disant que s’ils veulent annuler le chèque britannique, il faut plutôt annulé les raisons qui ont motivé implantation. Il va même plus loin en prônant pour l’Europe d’arrêter de vivre dans le passé en rafistolant sans cesse un secteur agricole devenu aujourd’hui obsolète du fait de la concurrence rude des autres puissances agricoles et de se fixer plutôt dans le futur : science, technologie et éducation qui seront plus bénéfiques pour le peuple européen et leur permettrait de pouvoir jouer dans les cours des pays comme les États-Unis, la Chine, le Brésil ou encore l’Inde. Bref il voudrait une Europe prospère à l’image de la Grande Bretagne qui avec un taux de chômage de 4% fait parti de ses rare pays en Europe qui n’ont pas vraiment beaucoup à se reprocher car ils sont sur un nuage de bonheur autant sur le plan économique que social. Venant de Tony Blair, cette pensée idéologique n’était que triviale pour les 24 présidents réunis autour de Claude Juncker, mais seulement voila que dans quelques jours, le 01 Juillet ce dernier finira son mandat à la tête de la présidence du conseil européen et passera le flambeau à nul autre que le très « travailleur » Tony Blair qui pendant 6 mois prédestinera aux destiné de l’Europe. Et ça fait peur.
Jacques Chirac a essayé de l’expliquer plusieurs fois aux français pendant la campagne pour le referendum. Il a même pris le risque trois fois de s’adresser à son peuple sentant à chaque fois l’épée de Damoclès se rapprocher un peu plus proche de son coup pourtant si haut placé. Mais hélas trop peu de français l’ont suivi. 45% de la population ont cru à l’Europe, plus forte, plus politique, plus grande, plus structuré et à l’image du futur. Ce n’était pas assez. Aujourd’hui, Chirac doit se battre comme un fou et comme un con pour les 55% de français qui l’ont pourtant dit NON ! En effet les analyses du referendum ont montré que le NON est venu dans la plupart des cas des régions, donc des zones agricoles. Eh oui, ce sont les agriculteurs français, ceux la même qui reçoivent 40% du budget européen qui ont dit non à la constitution européen, ceux-la même qui aujourd’hui ne sont plus capables de concurrencer avec le chinois, le malaisien ou le mexicain. Un agriculteur français disait cette semaine dans une chaîne de télévision recevoir un peu plus de 36000 euro par an de Bruxelles pour pouvoir offrir un prix compétitif aux clients et pour ne pas être dans le trou. Alors que ça devait être ses agriculteurs français qui touchant chaque année le jackpot européen devait être les flambeaux du OUI, ce sont plutôt eux qui ont gentiment mis des bâtons européens dans les roues de Chirac. Ils ont voulu sanctionner le gouvernement de Raffarin et se sont complètement trompé d’élection. Encore une fois le peuple français s’est trompé de date. Alors qu’on était le 29 Mai 2005, ils ont cru qu’on était en 2007 ; alors qu’il fallait voter pour l’Europe, ils ont voté contre Chirac, alors qu’il fallait voter pour la constitution, ils ont voté contre le pain qui allait dans leur poche. Mais il est trop facile de taxer seulement les agriculteurs. En fait les raisons du non sont multiples mais pas européennes, elles sont franco-françaises. D’abord il y’a les extrêmes qui de toutes les façon sont et ont toujours été contre l’Europe, que ce soit à gauche car rêvant encore d’une France sociale de A à Z, limite marxiste (LCR, Parti communiste) , ou à droite car voulant une France aux français (Front national, MPR, MPF). Ensuite il y’a les aventuriers politiques de droite et de gauche comme Fabius, qui y ont trouvé enfin le moyen de se faire voir, les européens xénophobes qui ne veulent pas une Europe avec la Turquie et finalement il y’a les vrais, ceux la même qui sont contre la constitution car du point de vue social, elle va affaiblir croit-il les chèques de RMI, elle va donner tout le travail au plombier polonais (Bolkestein). Mais il y’a c’est évident tous ses jeunes qui n’ont pas de travail (20% de chômage chez les jeunes) et qui pointe du doigt Bruxelles et son Euro. Voila autant de personnes qui n’ont pas voulu de l’Europe chacune à leur manière.
Seulement voila il est trop tard aujourd’hui pour faire marche arrière, la crise est la, plutôt que prévue par tout le monde. Le combat tant attendu entre les visions d’une Europe sociale d’un coté représenté par l’axe franco-allemand et celles d’une Europe libérale à l’économie de marché flamboyante de Tony Blair est enfin arrivé et les places risquent de coûter cher car il devrait y avoir de l’action. Pour l’instant Tony Blair a un avantage psychologique évident qui joue pour lui. La France et surtout Jacques Chirac est plus que jamais affaibli, d’abord à l’interne (son parti a perdu toutes les élections depuis sa victoire au présidentiel) mais aussi à l’international avec le refus de la constitution européenne. Et ce n’est pas le tandem De Villepin-Sarkozy un peu à la Senna-Prost qui va arranger les choses car si Sarkozy qui gagne pour l’instant tous les essais finit par être en pole position pour la grande course (présidentiel), il en sera cuit pour Chirac en 2007. Quand à Shroeder, il est lui aussi très affaibli par la perte récente d’un bastion de sa formation politique lors d’une élection partielle et il a donc pris le risque de déclencher des élections cet automne. Bien sur s’il gagne peut-être pourra-t-il encore peser de son poids pour que l’axe franco-allemand imprègne l’Europe de ses idées. Malheureusement pour lui, son adversaire politique, la redoutable chef du CDU gagne tous les jours un peu plus d’intentions de vote. Et comble de malheur pour Chirac (et ses agriculteurs) cette dernière est plutôt de l’avis de Blair et opterait plutôt pour une remise sur table de la PAC qui n’a été voté que depuis 2002 (jusqu’en 2013). Bref la crise ne fait que commencer et tous ceux qui ont voter pour le NON ou s’en sont féliciter devrait commencer à se mordre les doigts, les orteils, et tout ce qu’ils ont car la réponse était sans doute erronée. Pour l’instant retournons à nos blés et à nos moutons…
Affaire à suivre!
* refus par referendum de la constitution européenne par la France (54%) le 29 Mai et par les Pays bas le 01 Juin (60%)
** Thème de campagne de Jacques Chirac à l’élection présidentielle de 1995 et qui revient depuis à chaque élection
*** Première ministre d’Angleterre à l’époque, elle avait réussit à négocier un retour d’argent pour son pays alors traversé par une grave crise économique (autour de 4.7millards aujourd’hui et pourrait atteindre les 7 milliards dans l’Europe des 25)