Pour la deuxième journée de la conférence de Montréal, il s’agissait de placer la culture ainsi que la santé dans la société et dans le développement de cette société. Tout commence sur le thème des industries culturelles, nouvelles technologies et propriété intellectuelle ou tour à tour les conférenciers nous ont présenté l’organisation africaine de la propriété intellectuel (OAPI), ce qu’elle est, ce qu’elle représente, les limites auxquelles elle doit faire face ainsi que les objectifs à atteindre dans un prochain horizon afin d’être au diapason de ce qui se passe sur la scène mondiale. Ensuite, petit topo sur un autre cas particulier de pays en développement, la république dominicaine et finalement précisions importantes sur le préservation de la culture et plus particulièrement de ce qu’on appelle le folklore dans la société mondiale au firmament de la globalisation par l’instance mère, l’OMPI, l’organisation mondiale de la P.I.
Le directeur général de l’OAPI Antioumane Ndiaye a donc commencé son allocution par définir avant tout la mission première de son organisation. Pour lui, il s’agit essentiellement de «servir d’office de propriété intellectuel pour l’ensemble de ses états (16) ». Et cette mission passe par deux volets : industriel pour la création de l’esprit, des marques ou encore d’indications géographique et littéraire artistique pour tout ce qui est du droit d’auteur ainsi que des différents autres droits connexes qui s’y rattachent (artistes, interprète, etc..). Il a longuement insisté sur le caractère particulièrement difficile de cette mission en rappelant par exemple que seul entités national pouvait avait un droit coercitif.
Mme Ana Isabel Messina, présidente de l’Association dominicaine de la P.I. a présenté son organisation. Jeune car incorporée seulement depuis 1994, elle a insisté sur le partenariat qu’il faut indubitablement avoir entre pays et organismes, autant sous un angle multilatéral avec la sous région comme celle de l’Amérique centrale par exemple (CAFTA) que bilatéral et comme c’est le cas le Canada par exemple, bien des choses restent à faire. Elle a d’ailleurs profité de la vitrine que représente la conférence pour ardemment souhaité que le Canada puisse enfin se décider à bougé le cas de ce dossier. Mais comme la si bien noté, le président et modérateur de ce déjeuner de travail l’avocat Stephan Martin, Mme Messina sera plus que bien aidé et représenté au Canada dans ce dossier puisque l’ambassadeur de la république dominicaine au Canada n’est nul autre que Mr Messina, son mari!
Finalement dans une note plus alarmiste, le représentant de l’OMPI, Wend Wendland nous a présenté le cas du folklore (e) comme élément de la culture et qui dans un contexte de mondialisation et de globalisation arrive de moins en moins à se faire la place qui devrait être la sienne dans le monde d’aujourd’hui. Comme la souligné Alphadi, couturier nigérien, le cas des tissus Bogolans du mali, ainsi que des autres tissus africains qui sont tous les jours utilisés et pillés dans la plus totale indifférence par les industries privés comme c’est le cas en Chine ne permettront jamais au demeurant au Mali de pouvoir exprimer naturellement son folklore et surtout y en tirer les potentialités ainsi que les différents avantages inhérents.
Par la suite, en plénière d’ouverture de la journée, on a eu droit à quelques éclairements quand à ce qui a trait de la notion de culture et de développement. La ministre des relations internationales du Québec Monique Gagnon Tremblay a profité de l’occasion pour rappeler que la journée d’aujourd’hui avait entre autre but de pouvoir mettre en relief les différents thèmes qui relient culture et développement dans le but d’une meilleure diffusion de l’expression de la culture par l’éducation et l’information par exemple. Elle a ensuite insisté sur la position de l’État du Québec par rapport à la question en rappelant qu’il comptait pour près de 2,3% de son PIB et que malgré les peurs et préoccupations qui semblent se dégager dans les couloirs et salons du monde, dans le cas de Québec, la mondialisation a « facilité la fécondation mutuelle des culturelles et des œuvres. » Elle a mentionné que dans ce cadre, la culture ne pouvait que s’enrichir de nombreux apports étrangers dans une logique de métissage. C’est d’ailleurs un peu dans ce sens qu’elle a précisé la position un peu de leader du Québec dans le domaine ainsi qu’à l’Unesco et qu’il fallait donc donner toute les chances afin que la nouvelle convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles soit ratifiée suffisamment (30 pays) dans le laps assez court d’un an pour qu’en septembre 2007, enfin la culture puisse réellement occupée la place qui est la sienne. Il fallait donc a continué la ministre que l’état continue de soutenir les richesses culturelles puisque le dialogue interculturel permanent ne pouvait constituer qu’ « un gage de prospérité et de paix ».
Par la suite, le président du directoire de la Chaine française d’information internationale qui verra le jour d’ici la fin du mois nous a présenté la vision de son entreprise tel qu’ils la conçoivent, avec de façon incontournable une place primordiale pour la culture. Comme il l’a souligné, dans le monde dans lequel on vit, avec l’avènement de « nouveaux leaders d’opinions », il fallait que le monde des médias fasse de grands changements afin de ne pas manquer la caravane. Avec l’«érosion des leaders de télévisions généralistes », l’« émergence de nouveaux formes de médias comme internet », « plus d’audience captive et l’arrivée de nouveaux acteurs », il fallait tout simplement se rendre compte aujourd’hui que « les jeunes ne veulent plus subir leur vie mais ils veulent leur devancer. »
À l’heure du déjeuner causerie, après le discours du directeur général de l’Unesco qui a vite fait de placer la mondialisation au centre de ce qu’elle est réellement (« une immense avancée dans l’histoire de l’humanité, pourvu que nous sachions en dégager les potentialités et en maitriser les conséquences »), celui de Jean-Marie Colombani du Monde qui lui a expliqué la position européenne et surtout française qu’est la sienne sur la culture, enjeu pour lequel la France a été longtemps dépositaire et finalement la vision américaine (si l’on peut aussi facilement la généraliser) sur l’épineux débat par Dan Glickman, président de la MPAA (ancien secrétaire d’état pour l’Agriculture dans le gouvernement Clinton) pour qui enfermer la culture dans une logique de protectionnisme n’a pas nécessairement de sens puisque sinon elle ne peut que profiter à tout le monde, la ministre de la culture et des communications du Québec Line Beauchamp tout comme sa collègue des relations internationales n’a pas manqué l’occasion de souligner la place importante qu’a la culture pour son gouvernement et s’est même permise un petit commentaire tout à fait amical au président Glickman en insistant sur le fait que si l’État québécois n’avait pas investi et supporté la culture, il n’est pas sur que cette dernière soit aussi bien portante qu’elle ne l’ait aujourd’hui.
Après le déjeuner, il était donc temps enfin de penser à la position plus que pathétique et inquiétante de l’Afrique dans cette discussion sur la culture. Idrissa Ouedraogo, cinéaste burkinabé ne pouvait avoir meilleur illustration. Il a comparé la situation actuelle un peu à trois modes de déplacements et dans laquelle il a juste titre comparé la situation actuelle africaine à la bicyclette comme mode de déplacement et qu’il ne pouvait même pas y avoir de comparaisons possibles avec les autres modes qui sont la voiture dans le cas des Européens et des canadiens dans une moindre mesure ou encore des avions dans le cas des industries américaines. Ouedraogo a rappelé que « sous le prétexte de la globalisation des marchés la culture des pays les plus pauvre disparaissaient sans qu’on ne puisse dire petit mot » autant dans ce qu’il a appelé « la perte progressive de l’identité » que dans l’incapacité de plus en plus criarde des africains à prendre eux même leur problème en charge. Mais heureusement l’avenir n’est pas si sombre que çà a-t-il précisé. Avec l’avènement des NTIC par exemple, de nouvelles et excellentes opportunités s’offrent à l’Afrique et surtout a des coups raisonnables.
Enfin, le couturier Alphadi dans un exposé bien détaillé et précis a parlé de son cas pour illustrer l’éventail de problèmes qui se pose aux créateurs africains désireux malgré tout de tenter leur chance sur la scène internationale, malgré le lourd handicap qu’ils ont sur leur homologues d’ailleurs et notamment d’Europe et D’Amérique. Il a insisté sur le fait que bien souvent, les États africains ne reconnaissent pas vraiment les potentialités qui pourraient s’offrir à eux dans le secteur de la culture et plus précisément dans celui de la création de mode. Tout en fustigeant avec la plus haute vigueur la situation des gouvernements africains face aux créateurs, il a rappelé que ces derniers en Afrique aux yeux des banques n’avaient malheureusement aucune crédibilité. Souligné qu’il a avait décidé de rester et de travailler en Afrique contrairement à bon nombres de ses paires, il a mentionné que dans son cas, en plus de lutter non seulement contres les gouvernements, le handicap naturel face aux autres, il doit lutter aussi contre l’intégrisme religieux qui sévit dans son pays (qui s’inscrit totalement en désaccord avec l’esprit de son festival international africain de la mode).
Stéphane Waffo
www.stephanewaffo.com
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