Dans le cadre de la semaine d’actions contre le racisme qui est soulignée chaque année au Québec depuis plus de cinq ans du 16 au 26 mars et pour laquelle cette année je donnais un coup de main dans le penchant spectacle, un cameraman m’a posé cette question tout a fait normal à savoir ce que représentait pour moi cette semaine. Après avoir pris un moment pour y réfléchir comme il fallait, je lui ai répondu qu’en fait à titre personnel je crois n’avoir jamais été victime d’actes à caractères racistes au cours des cinq ans passées dans la belle province. Je précisais même ma pensée en rajoutant que je croyais par moment avoir été victime parfois d’ «étrangerphobie» (xénophobie) mais que le racisme en tant que tel m’était inconnu. Il semblait très étonné de cette réponse et j’ai eu l’impression qu’il avait envie me demander s’il était sur que je vivais dans le même Québec que lui.

Aujourd’hui le mot racisme est devenu monnaie courante et tellement banalisé. On l’utilise n’importe comment, à tords et travers et souvent à la moindre mésentente si bien qu’on finit par perdre et à édulcorer la puissance de ce mot fort. Le petit Robert définit pourtant le racisme comme étant : «une théorie de la hiérarchie des races, qui conclut à la nécessité de préserver la race dite supérieure de tout croisement et à son droit de dominer les autres… Ensemble de réactions qui consciemment ou non, s’accordent avec cette théorie». Il s’agit donc avant tout de deux ou plusieurs races d’abord, ensuite d’une hiérarchie ou plutôt d’une inégalité entre elles et finalement de la domination d’une d’entre elle. Je ne nie pas que le racisme existe bel et bien, autant au Québec que dans le Canada, qu’ailleurs dans le monde, mais le mot est tellement de plus en plus banalisé qu’on finit par oublier l’essence et la base même du mot qui est la race. On entend parler de racisme envers les américains, envers les anglais ou encore avec les Québécois. Comment un sénégalais peut-il être raciste avec un camerounais ou avec un ivoirien alors qu’il partage tous ensemble la même race ? Comment un américain pur du Texas ou un albertain, tous caucasiens peuvent-ils être racistes envers un Québécois tout aussi caucasien même si de Chibougamau ou de Rivière du loup ? On ne peut et on ne doit pas parler de racisme entre deux pays, nationalités, régions ou provinces. «Il n’existe pas…de race française, ni de race bretonne, ni de race aryenne, mais… une nation française, un peuple breton, des langues aryennes» (Gaxotte).

Par abus de langage, on confond souvent xénophobie à racisme. Pour le petit Robert, la xénophobie se définit comme étant «l’hostilité à ce qui est étranger ». Il ne s’agit donc plus de domination d’une race mais bien du rejet, de la peur et parfois même du mépris de l’autre, de l’étranger. Parler donc de xénophobie pour moi réfère à quelque chose de géographique, de limité dans l’espace tandis que le racisme n’a pas de frontière. À la limite, on peut comprendre la xénophobie chez les individus, mais les deux mots sont très différents même s’il est vrai que souvent l’un peut finir par entraîner l’autre. Dans le contexte à la fois de sédentarisation et de nomadisme que vit et subit le monde, dans un contexte de changement sociodémographique ou de plus en plus l’immigration doit compenser avec une baisse du taux de natalité dans la plupart des pays occidentaux, faire l’amalgame entre ses deux mots peut être fatale. Attention au fatalisme !