Voila déjà plus de trois semaines que rien ne va plus. Même si presque tout a été dit sur le sujet, il est tellement important et grave qu’une analyse de plus ne peut-être que bénéfique pour la suite des événements. Dans une Europe post 911 qui chercher constamment à se redéfinir face à un flux de plus en plus important de métissage dans sa population, face à des européens anciennement (mais toujours qualifiés) d’immigrants et qui eux aussi se recherchent, dans un contexte de diversité mais surtout de préférence culturelle, à cheval entre l’assimilation complète face aux nouvelles coutumes et réalités du pays d’accueil et le souvenir d’une tradition pas toujours comprise, la moindre mésentente peut être fatale.

Fallait-il publier ou non les caricatures ? Il ne sert à rien d’y répondre puisque c’est déjà fait, depuis belle lurette (depuis le mois de Septembre !). Fallait-il aussi que le PM danois rencontre les onze ambassadeurs ? À cette réponse, on ne peut que verser dans des suppositions et des considérations qui vont au delà du possible, les machines à remonter le temps n’étant encore qu’au stade d’expérimentation futuriste. Maintenant que peut on faire ? Certainement pas tout casser, lancer des fatwas ou encore boycotter et menacer tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à du danois. À la question de savoir s’il faut publier aujourd’hui ces caricatures, toute réponse censée et argumentée contredira une autre aux arguments tout aussi défendables. On est en plein dans le monde de la surenchère.

Le monde verse dans l’excès. Il suffit d’un moindre rien pour que tous, medias et citoyens, politiciens et profanes, religieux et athées versent dans une longue colère d’incompréhension les uns par rapport aux autres. On finit même par oublier souvent qu’à proprement parler, la minorité ne représente et ne représentera heureusement jamais la majorité. Hassan Assad du journal Elaph à Londres dans un article paru dans le Courier international No798 du 16 au 23 février soulignait justement à ce propos « la réponse du président Pervez Musharraf à la question de savoir comment il pouvait tenir tête aux talibans. ‘ Combien sont-ils ? Un million, deux millions ? Disons dix millions. Mais ce pays dont je suis le président compte plus de 153 millions d’habitants.’ »

Autant dire qu’il faut prendre un temps de réflexion avant de sauter à toutes conclusions. Quelques Caricaturistes mettent en exergue le reflet d’une partie du monde qu’on qualifiera de « musulmans ». Certains d’entre eux s’insurgent sur toute la population et les représentations d’un pays. Le monde entier lui fustige les réactions dépassées d’une partie des réactionnaires. Une partie de ses réactionnaires vont aussi réagir, ce qui fera réagir une autre, et ainsi de suite. Au final, de réactions en réactions, on aura oublié que finalement, c’est quand même plus encourageant de savoir que la majorité est moins intolérante que ne l’est la minorité. Un peu comme si les minorités deviennent de plus en plus des minorités et que la majorité elle, grandit aussi. Ainsi, malgré tout, le monde ne va pas si mal que ça peut-être…