GénéralFebruary 21, 2006 2:36 pm

Voila déjà plus de trois semaines que rien ne va plus. Même si presque tout a été dit sur le sujet, il est tellement important et grave qu’une analyse de plus ne peut-être que bénéfique pour la suite des événements. Dans une Europe post 911 qui chercher constamment à se redéfinir face à un flux de plus en plus important de métissage dans sa population, face à des européens anciennement (mais toujours qualifiés) d’immigrants et qui eux aussi se recherchent, dans un contexte de diversité mais surtout de préférence culturelle, à cheval entre l’assimilation complète face aux nouvelles coutumes et réalités du pays d’accueil et le souvenir d’une tradition pas toujours comprise, la moindre mésentente peut être fatale.

Fallait-il publier ou non les caricatures ? Il ne sert à rien d’y répondre puisque c’est déjà fait, depuis belle lurette (depuis le mois de Septembre !). Fallait-il aussi que le PM danois rencontre les onze ambassadeurs ? À cette réponse, on ne peut que verser dans des suppositions et des considérations qui vont au delà du possible, les machines à remonter le temps n’étant encore qu’au stade d’expérimentation futuriste. Maintenant que peut on faire ? Certainement pas tout casser, lancer des fatwas ou encore boycotter et menacer tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à du danois. À la question de savoir s’il faut publier aujourd’hui ces caricatures, toute réponse censée et argumentée contredira une autre aux arguments tout aussi défendables. On est en plein dans le monde de la surenchère.

Le monde verse dans l’excès. Il suffit d’un moindre rien pour que tous, medias et citoyens, politiciens et profanes, religieux et athées versent dans une longue colère d’incompréhension les uns par rapport aux autres. On finit même par oublier souvent qu’à proprement parler, la minorité ne représente et ne représentera heureusement jamais la majorité. Hassan Assad du journal Elaph à Londres dans un article paru dans le Courier international No798 du 16 au 23 février soulignait justement à ce propos « la réponse du président Pervez Musharraf à la question de savoir comment il pouvait tenir tête aux talibans. ‘ Combien sont-ils ? Un million, deux millions ? Disons dix millions. Mais ce pays dont je suis le président compte plus de 153 millions d’habitants.’ »

Autant dire qu’il faut prendre un temps de réflexion avant de sauter à toutes conclusions. Quelques Caricaturistes mettent en exergue le reflet d’une partie du monde qu’on qualifiera de « musulmans ». Certains d’entre eux s’insurgent sur toute la population et les représentations d’un pays. Le monde entier lui fustige les réactions dépassées d’une partie des réactionnaires. Une partie de ses réactionnaires vont aussi réagir, ce qui fera réagir une autre, et ainsi de suite. Au final, de réactions en réactions, on aura oublié que finalement, c’est quand même plus encourageant de savoir que la majorité est moins intolérante que ne l’est la minorité. Un peu comme si les minorités deviennent de plus en plus des minorités et que la majorité elle, grandit aussi. Ainsi, malgré tout, le monde ne va pas si mal que ça peut-être…

GénéralFebruary 19, 2006 11:54 pm

Mon cher Evo,

On ne se connaît pas encore, mais j’apprends à te connaître de plus en plus, surtout depuis que tu es devenu le grand manitou bolivien (bolivarien peut-être aussi). Je suis content pour toi que tu sois le premier des tiens à devenir le grand sorcier du village. Je le suis un peu moins quand tu t’affiches avec tes nouveaux amis manitous que sont Chavez, Lula et enfin et non des moindres Fidel Castro. Mais bon c’est aussi ça l’amitié que d’avoir des points de vue différents et même parfois divergents. Je te rassure tout de suite, je suis un tiers-mondiste comme toi.

J’aime bien ton style simple et même parfois simpliste (à la limite populiste), ta veste de cuir sans cravate qui contraste avec les trois pièces des autres leaders de ce monde. J’espère juste que ce n’est pas parce que comme c’est le début, tu n’as pas encore les moyens de te les offrir et que d’ici six mois, tu ne seras pas plus Giorgio Armani ou Gucci que les vrais. Le peuple aime les gens qui sont comme eux. S’il te plait ne change pas trop, reste humble, simple et s’il faut même reste pauvre si tu l’es. N’oublie pas non plus tes frères indiens. Tu es le premier à être premier, ne soit pas le dernier. Et ne fait pas tout non plus pour le rester.

Je reste optimiste sur ta vision de justice sociale pour la Bolivie, même si permet moi de ne pas toujours être convaincu. J’ai trouvé osé ta proposition de baisser les salaires et avantages des députés et assimilés de l’Assemblée nationale. C’est un bon départ. Mais de grâce, ton discours sur la coca (À ne pas confondre surtout avec la cocaïne car c’est deux choses bien différentes) me laisse un peu perplexe. Je veux bien croire que tes ancêtres mâchaient les feuilles de coca depuis des générations. Mais au lieu de faire la propagande de cette feuille qui bien sur doit être inoffensive (oui, oui, oui !), essaye plutôt de trouver d’autres nourritures pour ton peuple (l’un des plus pauvres d’Amérique Latine) afin que la surabondance de production de cette feuille (dans un but bien sur alimentaire) ne soit pas récupérer par de méchants « bad boys » américains et qui par magie blanche les transformeront en poudre de la même couleur…

Je sais bien que tu ne t’en doutais pas, loin de là, mais tout le monde n’est pas aussi bon et parfois naïf comme toi. Même si tu n’es pas pro pro américains, pense quand même aux millions d’individus dans le monde qui meurent chaque année à cause de la culture de la feuille de tes ancêtres et redonnent donc un peu de travail à tes militaires1. Comme je veux être ton ami, je me dit que si mes deux grands parents maternels et paternels qui sont des agriculteurs comme toi avaient décidé de faire la méga-prodution de feuille de coca, peut-être qu’aujourd’hui je serais aussi gâté qu’un émir, qu’un prince ou qu’un oligarque, mais à quel prix ? Pas celui de la poudre en tout cas.

En espérant lire des nouvelles de ta justice sociale dans les prochaines revues d’actualité internationale, permet moi de t’adresser, l’assurance de mon profond respect.

Écologiquement,

Un ami

1 « Depuis l’arrivée au pouvoir du nouveau président, l’armée bolivienne dont la tâche était d’éradiquer les plantations illégales de coca n’a plus rien à faire.. »

Source : Courrier international, No798 du 16 au 22février 2006

Précision:
D’après Marianne, “Morales a réduit par décret son salaire de moitié. Il a ensuite ordonné aux membres du gouvernement de ne pas recevoir de rémunération supérieure à la sienne.”